Vivre au Qatar
Luqman
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Karak, faucons, bisht, café arabe, Souq Waqif : les 14 traditions qatariennes que vous croiserez dès votre première semaine, vu de Doha.
En résumé
Le Qatar a une culture vivante, et elle se voit dès la première rue : le thobe blanc des hommes, l'abaya des femmes, le verre de karak qu'on tient à deux doigts, le parfum de bukhoor qui sort des boutiques.
Elle se goûte aussi, avec le machboos, le plat national, les dattes khalas qu'on vous tend en entrant et le café arabe versé de la main droite, qu'on arrête en secouant doucement sa tasse.
Elle se rencontre au Souq Waqif, le marché debout, où les faucons ont leur allée et leur hôpital public, où les chameaux sortent en groupe matin et soir, et où les tailleurs vous font un thobe à vos mesures en une semaine.
Sept de ces traditions sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Je vis à Doha, et voici les 14 que vous croiserez sans les chercher.
Points clés à retenir
Le karak est un thé noir au lait et à la cardamome, qu'on achète pour quelques pièces au comptoir d'un café de bord de route. Les nouveaux venus l'adoptent en une semaine.
Le machboos est le plat national : riz aux épices, agneau ou poulet, cuisson lente. Réservé autrefois aux mariages, il se sert aujourd'hui toute l'année.
Le café arabe et les dattes ouvrent toute visite. On verse de la main droite, on sert les anciens d'abord, et on secoue sa tasse pour dire que c'est assez.
Le bukhoor est un geste d'accueil : on tend le brûleur à l'invité qui arrive pour qu'il en parfume ses cheveux et ses vêtements.
Le Souq Waqif veut dire le marché debout. C'est là que le pays se retrouve une fois le soleil couché.
Le faucon a un hôpital public, un passeport délivré par le ministère de l'Environnement, une place en cabine sur Qatar Airways, et un concours de beauté doté de 700 000 riyals.
Le cheval arabe est élevé à Al Shaqab, plus de 700 pur-sang, et c'est le Qatar qui donne son nom au Qatar Prix de l'Arc de Triomphe depuis 2008.
Le bisht, le manteau posé sur Messi le soir de la finale de 2022, se porte aux mariages et aux grandes cérémonies.
L'arabe est protégé par une loi qui l'impose aux ministères, aux universités et aux contrats. Et l'anglais se parle partout.
« Le Qatar, c'est des tours et des malls, il n'y a pas de culture. » Je l'entends souvent, de la part de gens qui sont passés à Doha en escale, ou qui n'y sont jamais venus. La réponse courte : la culture qatarienne est partout, elle se vit tous les jours, et elle se découvre en une semaine si on sait où regarder.
Je vis à Doha et j'accompagne des familles et des entrepreneurs francophones avec vivre-au-qatar.com. Voici les 14 traditions que vous rencontrerez dès votre installation, dans l'ordre où elles arrivent à quelqu'un qui débarque : ce qu'on goûte, ce qu'on sent, ce qu'on croise dans la rue, et ce qu'on finit par porter soi-même.
Par quoi commencer quand on arrive au Qatar ?
Le karak, la pause de tout le pays
Un verre brûlant qu'on saisit à deux doigts : du thé noir épaissi au lait, sucré, parfumé à la cardamome. On l'achète pour quelques pièces au comptoir d'un café de bord de route, souvent sans descendre de voiture.
Qatariens et résidents en boivent chaque jour. Les nouveaux venus mettent rarement plus d'une semaine à en prendre l'habitude, et je n'ai pas fait exception.

Le machboos, le plat national
Du riz gorgé d'épices, de l'agneau ou du poulet, et une cuisson si lente que le goût descend jusqu'au fond du plat. Le machboos est le plat national du Qatar.
Il était réservé aux mariages et aux grandes occasions. Il se sert aujourd'hui toute l'année, dans les restaurants du Souq Waqif comme dans les familles.
Les dattes, avant toute chose
Chez un Qatarien, la datte arrive avant même que vous soyez assis. Les khalas sont les préférées, pour leur goût de caramel.
Le palmier dattier et tout ce qu'on en tire sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l'humanité depuis 2022. Ce n'est pas une décoration sur la table, c'est le premier geste de l'hospitalité.
Comment se passe l'accueil chez un Qatarien ?
Le café arabe, et le geste à connaître
Le café arabe arrive dans une dallah, la cafetière au long bec, versé de la main droite dans de petites tasses sans anse. Les anciens et les invités sont servis les premiers.
On vous resservira tant que vous tendrez la tasse. Pour dire que c'est assez, il suffit de la secouer doucement. C'est le premier geste que j'apprends aux francophones que j'accompagne, parce qu'il évite bien des tasses de trop.
Le bukhoor, ou l'accueil au parfum
Un copeau de bois précieux posé sur la braise, et toute la pièce change. Au Qatar, on tend le brûleur à l'invité qui arrive pour qu'il en parfume ses cheveux et ses vêtements.
C'est un geste d'accueil, au même titre que le café et les dattes. Cette odeur, vous la retrouverez dans les centres commerciaux, les hôtels et les mosquées : elle suit le pays partout.

Où voir tout cela en une seule soirée ?
Au Souq Waqif, à Doha. Son nom veut dire le marché debout : les marchands y vendaient sans jamais s'asseoir.
On y trouve les épices en montagnes, les dattes, l'encens, le karak et les tables qatariennes. C'est là que tout le pays se retrouve une fois le soleil couché, et les ruelles ne se vident qu'au milieu de la nuit.
Si vous n'avez qu'une soirée à Doha, c'est celle-là. Notre guide Aller au Qatar vous dit comment y arriver, et notre article sur le climat du Qatar vous dira quand : d'octobre à mai, les terrasses du souq sont pleines jusque tard.
Pourquoi les faucons comptent-ils autant au Qatar ?
Une allée entière du souq appartient aux faucons. On y entre librement, sans payer, on approche les oiseaux et on peut en tenir un sur le poing, sous la surveillance des professionnels.

Au Qatar, le faucon n'est pas un animal, c'est un compagnon. L'État lui a bâti un hôpital public, juste à côté du souq. Le ministère de l'Environnement et du Changement climatique lui délivre un passeport. Qatar Airways le laisse voyager en cabine.
Et chaque hiver, le festival Marmi verse jusqu'à 700 000 riyals au plus beau faucon du pays. La fauconnerie est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'humanité, et la France figure dans le même dossier que le Qatar.
Quels animaux croise-t-on encore à Doha ?
Les chameaux, matin et soir
Face au Souq Waqif, les enclos à chameaux sont ouverts à tous et l'on s'approche des bêtes sans barrière. Matin et soir, on les voit sortir en groupe et remonter vers la Corniche au pas, les tours de verre derrière eux.
Le Qatar a bâti tout cela sans rien lâcher de ce qui l'a précédé. C'est l'image que je montre en premier à ceux qui pensent que le pays n'a que trente ans.

Le cheval arabe, l'autre fierté
Le cheval arabe est né dans cette péninsule, et le Qatar ne l'a jamais lâché. À Al Shaqab, dans Education City, plus de 700 pur-sang sont élevés, soignés et entraînés par des équipes entières.
Les francophones connaissent bien cette passion : c'est le Qatar qui donne son nom au Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, à Longchamp, depuis 2008.
Que portent les Qatariens au quotidien ?
Le bisht, celui que vous avez déjà vu
Le soir de la finale de la Coupe du monde 2022, un manteau noir bordé de fil doré a été posé sur les épaules de Lionel Messi, devant le monde entier.
Ce manteau s'appelle le bisht. Au Qatar, on le sort pour les mariages, les grandes cérémonies et pour honorer quelqu'un. La photo de Messi en bisht est devenue l'un des posts Instagram les plus aimés pour un sportif.
Le thobe et l'abaya, sur mesure
Les femmes portent l'abaya, brodée, perlée, choisie comme on choisit un beau manteau. Elle est souvent noire, pas toujours. Les hommes portent le thobe : blanc l'été, brun, gris ou bleu dans des étoffes plus épaisses quand l'hiver approche.
Rien ne s'achète en série. Les tailleurs du Souq Waqif vous font un thobe à vos mesures en une dizaine de jours, et les ateliers du Souq Al Deira, juste à côté, brodent une abaya en une semaine. Beaucoup de visiteurs repartent avec le leur.
Pour comprendre ce que ces tenues disent de la société, lisez notre guide sur les habitants du Qatar et notre article sur les femmes au Qatar.
La ghutra et l'agal, une corde à chameau devenue emblème
Le foulard blanc que les hommes plient en triangle s'appelle la ghutra. Le cordon noir qui le tient par-dessus s'appelle l'agal : c'était la corde qui liait les pattes du chameau au campement.
Aujourd'hui, personne ne sort sans lui. Une artiste qatarienne, Shouq Al Mana, en a dressé une rangée géante face à la mer, sur la promenade de Lusail Marina.

Quelle place tient la langue arabe ?
Ici, on ne se contente pas de parler l'arabe, on le sculpte. À Education City, la façade de la mosquée se lit comme une page, des versets gravés du sol jusqu'au toit.
L'attachement va jusque dans la loi. Depuis 2019, une loi impose l'arabe aux ministères, aux universités et aux contrats, et toute enseigne étrangère doit écrire son nom en arabe à côté de l'original. C'est pour cela que chaque devanture de Doha porte deux alphabets.

Et pour le reste, rassurez-vous : l'anglais se parle partout, du taxi à l'hôpital. Notre article sur la langue au Qatar détaille ce qu'il faut savoir avant d'arriver.
Que reste-t-il à découvrir ensuite ?
Bien plus que ce qu'un article peut montrer. Le majlis, la pièce que chaque maison réserve à ses invités. Le henné des mariages. Le tissage Al Sadu, au métier posé à même le sol. L'Ardha, où deux rangées d'hommes se répondent le sabre levé, aux mariages et à la fête nationale.
Il y a aussi les forts au bout des routes, les tours de Barzan, Zekreet, Al Rekayat, et les campements d'hiver dans les dunes, où des milliers de familles montent leur tente dès novembre.
Sept de ces traditions sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'humanité : le majlis, le café arabe, le palmier dattier, la fauconnerie, le henné, le tissage Al Sadu et le bisht. Les deux derniers y sont entrés en 2025. Pour d'autres domaines où le pays se distingue, voyez nos records du Qatar.
Le Qatar dans votre poche
Pour connaître les hôtels, les restaurants, les écoles, les crèches, les médecins francophones et les événements, avec l'actualité du pays en français dans Qatar Info, l'application Vivre au Qatar est gratuite, sans inscription, et rien n'y est payant. Elle est disponible sur iPhone et sur Android.
Le verdict
Un pays sans culture ? Vous aurez la réponse avant la fin de votre première semaine. Elle est dans le verre de karak du matin, dans la datte qu'on vous tend avant de vous asseoir, dans le faucon sur le poing au fond du souq, et dans le thobe que vous finirez peut-être par faire tailler. Le Qatar a bâti ses tours sans rien lâcher de ce qui l'a précédé, et c'est exactement ce qui donne envie d'y vivre. Notre article sur les idées reçues sur le Qatar démonte les sept autres clichés qu'on nous répète.
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FAQ
Qu'est-ce que le karak ?
Un thé noir épaissi au lait, sucré et parfumé à la cardamome, qu'on achète pour quelques pièces au comptoir d'un café de bord de route. Qatariens et résidents en boivent chaque jour.
Quel est le plat national du Qatar ?
Le machboos : du riz gorgé d'épices, de l'agneau ou du poulet, et une cuisson très lente. Il était réservé aux mariages, il se sert aujourd'hui toute l'année.
Que faire quand on ne veut plus de café arabe ?
Secouer doucement sa tasse. Tant que vous la tendez, on vous ressert. Le café se verse de la main droite, et les anciens et les invités sont servis les premiers.
Peut-on tenir un faucon au Qatar ?
Oui, au souq aux faucons du Souq Waqif, à Doha. On y entre librement, sans payer, et les professionnels vous posent un oiseau sur le poing.
Faut-il parler arabe pour vivre au Qatar ?
Non. L'arabe est la langue du pays, protégée par la loi, mais l'anglais se parle partout, du taxi à l'hôpital.
Peut-on se faire faire un thobe ou une abaya sur mesure ?
Oui. Les tailleurs du Souq Waqif font un thobe à vos mesures en une dizaine de jours, et les ateliers du Souq Al Deira brodent une abaya en une semaine.
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